Mesure et crises du Capital (2013-07)

La mesure

Avant même d’appréhender le moindre chiffre, une question se pose : comment mesurer la richesse ? Deux écoles s’opposent alors : l’école néo-classique qui pose pour fondement l’utilité des produits, et l’école marxiste : leur valeur. L’utilité des produits est mesurée en quantité de marchandises, et leur valeur en quantité de travail. Ce sont là deux mesures complètement différentes. Il est remarquable que la bourgeoisie présente la richesse comme une puissance sur les choses, tandis que les marxistes la présente comme une puissance sur les hommes (utiliser les choses, employer les hommes).

Définitions

La bourgeoisie évalue les quantités de marchandises en prix constant, en parité de pouvoir d’achat ou en dollar international. Les prix constants permettent de comparer des quantités de marchandises dans un même pays à des époques différentes, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix qu’une année de référence. La parité de pouvoir d’achat permet de comparer des quantités de marchandises dans plusieurs pays mais en une seule année, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix que dans un pays de référence. Le dollar international est une combinaison des deux : il permet de comparer des quantités de marchandises dans plusieurs pays et à toutes les époques, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix qu’une année de référence aux États-Unis. Ces unités ne sont pas parfaites, mais elles désignent bien des quantités de marchandises[1]

De façon générale, tous les prix, y compris les prix courants, représentent des quantités de marchandises.
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En accord avec les classiques, Marx donne la substance de la valeur : le travail ; sa mesure : la quantité de travail ou durée de travail socialement nécessaire ; ses unités : l’heure, le jour, la semaine de travail moyen. Cependant, ces unités ont surtout un usage théorique car il n’est pas facile d’établir une correspondance – même approximative – entre une heure de travail socialement nécessaire et une heure de travail réel. Néanmoins, il existe un cas où une quantité de travail socialement nécessaire est exactement égale à la même quantité de travail réel : lorsqu’on considère la totalité du travail mondial produisant de la valeur. Toutes les particularités du travail réel – intensité, productivité, habileté, etc. – sont alors fondues dans la totalité, soient exactement égales à leurs moyennes respectives. Ainsi, si dans le monde, trois milliards de travailleurs réels ont produits de la valeur pendant un an, cela équivaut exactement à la valeur de trois milliards de travailleurs moyens produisant de la valeur pendant un an.

Remarque sur l’étalon

« Que nous importe une unité de la valeur qu’on ne peut ni multiplier, ni diviser sans la falsifier ? » À cela, je répondrai premièrement que c’est toujours le cas : dans une mesure, seul l’étalon est parfaitement exact (par définition), les autres mesures sont approximatives ; deuxièmement, qu’on peut améliorer la précision de la mesure en tenant compte des autres paramètres de l’objet mesuré – ici la productivité, l’intensité, l’habileté, etc. ; troisièmement qu’on parviendra à une précision satisfaisante si l’on considère de grandes quantités convenablement choisies ; quatrièmement, qu’on obtiendra des résultats importants en utilisant seulement l’étalon sans aucun changement.

PIB

Revenons au produit mondial, c’est-à-dire au Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Comme nous l’avons vu, sa valeur est exactement égale au nombre de travailleurs produisant de la valeur pendant un an. Nous parvenons donc à cette conclusion que le PIB, exprimé en valeur, est une fonction de la démographie professionnelle.

Cette conclusion est de la plus haute importance. Elle signifie que le PIB croît à mesure d’une section déterminée de la population laborieuse, celle qui produit de la valeur[2]Tous les travailleurs ne produisent pas de la valeur. Pour cela il suffit : qu’ils ne créent pas de marchandises ou de services marchands, ou bien qu’ils s’occupent exclusivement de la … Continue reading. Comme la plus-value est une fraction du PIB, elle est aussi essentiellement déterminée par la croissance de cette même section. Tout comme le capital qui est constitué de plus-value accumulée. En résumé, la croissance du capital est essentiellement déterminée par la croissance de la section de la population laborieuse qui crée de la valeur.

Calcul et réserve

On peut donc calculer que si le PIB mondial de 81 000 milliards de dollars PPA (parité de pouvoir d’achat, base des prix : USA) correspondait à 3,3 milliards de travailleurs produisant de la valeur pendant un an en 2011, alors le PIB national de la Chine de la même année, qui s’élève à 11 000 milliards de dollars PPA, devrait correspondre à 0,45 milliards de travailleurs moyens produisant de la valeur pendant un an (3,3 milliards / 81 * 11 = 0,45 milliards). Après avoir opéré la conversion en quantité de travail, on peut effectuer n’importe quel calcul impliquant les grandeurs économiques habituelles (PIB, capital, etc.)

Tout calcul basé sur des quantités de marchandises évaluées en parité de pouvoir d’achat pose cependant le problème suivant : le rapport des prix des marchandises dans un pays, en particulier les USA, ne correspond jamais exactement au rapport de valeur de ces mêmes marchandises, exprimé en quantité de travail. Cela est dû au déséquilibre permanent des prix en faveur des impérialistes, qui fait que ceux-ci vendent très souvent plus chers leurs marchandises (au-dessus de leur valeur), alors que les pays dominés les vendent beaucoup moins cher (en dessous de leur valeur). Voir par exemple les produits agricoles d’exportation d’une part et les brevets de haute technologie d’autre part (incorporation du sur-profit dans des prix trop élevés).

Les crises

La crise de surproduction (crise industrielle)

Il existe un rapport optimal entre les différentes sortes de capital industriel[3]

Les usines, l’énergie (carburants, électricité…), les moyens de transport, les stocks de matières premières ou de produits semi-finis, etc.

et la production de biens de consommation. Tel capital industriel permet de produire tel autre qui permet de produire tel autre et ainsi de suite, jusqu’à la production des biens de consommation. Ce rapport est déterminé par la technologie. Or le capital industriel ne peut s’accumuler que sous forme de moyens de production, et non de biens de consommation. Par conséquent, il existe une tendance inhérente au capitalisme industriel à augmenter disproportionnellement la part des moyens de production sur celle des biens de consommation.

Ainsi les capacités productives s’accroissent, mais elles sont essentiellement réinjectées dans la production de capital industriel, ce qui aggrave le déséquilibre jusqu’à la crise. Le marché du capital industriel est alors saturé, et toutes les valeurs ne peuvent s’écouler sur le marché de la consommation, lequel s’est développé moins rapidement. Il s’ensuit une débandade généralisée du capital-argent[4]

Expression financière du capital (actions, obligations, produits dérivés…). Les actionnaires vendent en masse, les banques refusent de faire crédit, les assurances augmentent leurs primes…

hors de l’industrie, ce qui a pour effet de précipiter une masse d’ouvriers au chômage, de faire tourner les entreprises au ralenti ou de les mettre en faillite. Le marché de la consommation se développe aussi moins rapidement, éventuellement stagne ou même se rétracte, ce qui aggrave et prolonge la crise.

La crise finit par nettoyer le marché des entreprises les plus déficitaires. Comme le secteur de la consommation a été relativement moins touché par la crise, le marché du capital industriel cesse d’être engorgé et un nouveau cycle commence.

Crise de « surconsommation »

Comme nous l’avons vu précédemment, les biens de consommation peuvent fonctionner comme capital de consommation lorsqu’ils sont loués ou vendus à crédit. Ils sont dès lors soumis à des vicissitudes similaires au capital industriel, notamment sous la forme de crise du crédit, lorsque les emprunteurs particuliers ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

Crises financières

Elle constitue essentiellement une correction de la mauvaise évaluation du capital industriel ou du capital de consommation. Le capital financier n’est qu’une appréciation, une évaluation abstraite du capital industriel ou du capital de consommation.

Des crises économiques en général

Une crise économique est la correction brutale d’un déséquilibre qui s’est accumulé au fil du temps : une mauvaise allocation des ressources entre différents secteurs industriels, notamment entre la production de capital fixe et de capital variable, une mauvaise évaluation financière des ressources. Mauvaise allocation et mauvaise évaluation vont souvent de pair.

Les crises impérialistes

Voir Lénine[5]

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.

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References

References
1

De façon générale, tous les prix, y compris les prix courants, représentent des quantités de marchandises.

2

Tous les travailleurs ne produisent pas de la valeur. Pour cela il suffit : qu’ils ne créent pas de marchandises ou de services marchands, ou bien qu’ils s’occupent exclusivement de la conversion de valeurs dans la vente ou la finance. Créer de la valeur ne signifie pas nécessairement faire œuvre utile, et inversement ne pas créer de valeur n’est pas synonyme d’inutilité.

3

Les usines, l’énergie (carburants, électricité…), les moyens de transport, les stocks de matières premières ou de produits semi-finis, etc.

4

Expression financière du capital (actions, obligations, produits dérivés…). Les actionnaires vendent en masse, les banques refusent de faire crédit, les assurances augmentent leurs primes…

5

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.

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