À bas le corporatisme!

L’État français a décidé de rembourser les séances de psychothérapie des psychologues seuls. Les psychothérapeutes qui ne bénéficient pas de la reconnaissance officielle de l’état, qui n’appartiennent pas à une corporation, sont exclus de cette politique. Ils se retrouveront donc en concurrence avec des gens dont les honoraires sont virtuellement de zéro euros.

Pour cette raison, je vais essayer d’offrir mes services à l’étranger.

Je loue actuellement un numéro de téléphone en Suisse et un autre au Canada ; les séances sont actuellement gratuites afin de mettre en place le système et régler les problèmes techniques.

J’ai reçu un appel du Canada ; néanmoins, la communication est parfois mauvaise. Pas d’appel de Suisse.

En Europe francophone, la Belgique et la Suisse remboursent les séances de psychothérapie. Peut-être devrais-je louer un numéro au Luxembourg, mais ce pays a seulement 600000 habitants…

Depuis le début du 20e siècle, ce qui se passe en France et dans d’autres pays développés est la résurgence du corporatisme. Les associations professionnelles s’accoquinent avec l’état pour faire reconnaître des monopoles professionnels, au moyen de diplômes, de concours et d’écoles qui sont gérés par ces mêmes professionnels. La société est alors divisée en deux castes : les diplômés, recevant louanges et privilèges de la société cultivée, et les non-diplômés, tout juste bon à effectuer les tâches les plus ingrates et les moins rémunérées.

D’aucun dirait que c’est la meilleure société du monde, puisqu’elle permet d’assurer la formation professionnelle et le respect de la réglementation d’état. Il convient donc à tout citoyen de s’insérer dans la structure corporatiste, et de recevoir les privilèges auxquels il a droit selon son rang dans sa propre corporation. Le système est par ailleurs réputé inamovible puisque, même ceux qui sont insérés aux échelons les plus bas de la hiérarchie corporative bénéficient tout de même de privilèges qui leur sont propres, et qu’abandonner le corporatisme signifierait abandonner même ces moindres privilèges. C’est à se demander comment la Révolution Française a pu abolir tous les privilèges, supprimer toutes les corporations dans une société qui était alors entièrement corporative et nobiliaire.

C’est parce que le système de privilèges, de monopoles, de « titres » — et l’appellation de « psychothérapeute » est devenu un « titre » comme s’il s’agissait d’un quartier de noblesse — conduit automatiquement à la paralysie sociale et à la stagnation économique. Lorsqu’un groupement professionnel obtient un monopole sur son activité, il perd tout intérêt au progrès technique et scientifique, et se contente de défendre son monopole, de le rendre plus exclusif et absolu. Plus un monopole est étendu, centralisé et exclusif, plus il est inefficient, car l’inefficience protégée par un monopole augmente les frais, et cette augmentation des frais justifie à son tour l’augmentation des honoraires et des prix qui ne peut être contesté par la concurrence. Cette puissance économique permet aux corporations de resserrer leurs liens avec l’état, d’augmenter le centralisme, l’exclusivité et la réglementation, qui renforcent encore plus le monopole. Les corporations ont donc un intérêt objectif à l’inefficience, qui conduit la société à la stagnation.

Par exemple, en France, en 2019, l’Éducation Nationale, la corporation sans doute la plus puissante du pays, a réussi l’exploit d’augmenter les frais de scolarité jusqu’à 11300 € par an et par élève dans les lycées généraux, et à 12740 € dans les lycées professionnels, ce qui signifie que le lycée coûte encore plus cher à la société qu’un système de préceptorat généralisé, dans lequel chaque famille bénéficierait d’un professeur particulier pour 3 ou 4 enfants à domicile (un précepteur pour deux ou trois familles, par exemple). Cette inefficience de l’Éducation Nationale, pour un résultat aussi médiocre, semble tenir du miracle. Elle est en réalité le résultat d’une culture orale périmée jamais remise en question depuis l’arrivée des livres, des bandes magnétiques et des ordinateurs. Il est établi que même lorsque l’Éducation Nationale utilise un moyen technologique nouveau, elle doit l’utiliser de la manière la plus inefficiente possible, afin de ne pas remettre en cause les effectifs pléthoriques et inefficients de cette institution.

Et il en est de même de toutes les institutions ou toutes les corporations : plus c’est inefficace, plus c’est intéressant économiquement. Tout juste faut-il rendre le service minimal à la société pour qu’elle ne s’arrête pas de fonctionner complètement. Mais surtout ne jamais la faire progresser, ne jamais remettre en question les monopoles et les institutions, et maintenir le lien étroit avec l’État pour garantir les privilèges.

PS: il faut actuellement une autorisation spéciale pour emballer des bagages dans les aeroports. Tout est organisé pour garantir le monopole, empêcher la concurrence et faire payer des prix léonins aux voyageurs. Et la société civilisée défend ce système disciplinaire et moyenageux au nom du chauvinisme et du racisme: ce n’est pas un hasard si le journaliste subventionné par l’état appelle ces prolétaires des « travailleurs clandestins » et qu’il signale qu’ils opèrent sur des vols « à destination de l’Ethiopie ». Il faudra bien un jour briser ce système, et tous ceux qui le soutiennent. Aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle : La concurrence déloyale et agressive des « emballeurs clandestins »

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