La bourgeoisie se réveille, mais reste inconsistante

Le président du comité stratégique de Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a demandé « soit la suppression, soit la généralisation » du passe sanitaire à tous les commerces, sans distinction. À travers cette demande, on peut supposer qu’il espère un rétablissement de la concurrence « libre et non faussée » que supprime l’obligation différentiée du pass sanitaire parmi les commerçants. Mais sa demande illustre aussi le manque de vision stratégique de la bourgeoisie française, puisque, justement, si la « généralisation » du passe sanitaire en France rétablirait une apparence de « libre concurrence » parmi les magasins physiques en France, elle ferait tout le contraire entre les magasins physiques et virtuels d’une part et entre les magasins français et internationaux d’autre part. Leclerc est une entreprise mondiale, et c’est donc sur le marché mondial qu’elle doit s’imposer ; si une entreprise concurrente n’est pas entravée par le passe sanitaire soit parce qu’elle est virtuelle, soit parce qu’elle est située à l’étranger, elle dispose d’un avantage comparatif qui finira par être décisif contre Leclerc.

D’autre part, Leclerc appelle au maintien du « dispositif de soutien » de l’état aux commerçants, avec son financement du chômage partiel, illustrant par là un manque d’intelligence économique globale. L’argent n’a pas de valeur, il est seulement le signe de la valeur qui existe déjà au sein des marchandises effectivement produites ; ces marchandises tirent leur valeur du travail. Si la production décroît, si le chômage partiel s’étend, alors l’économie s’effondre et l’accroissement de la masse monétaire engendre l’inflation. Les subventions d’État ne sont alors qu’un moyen de piller les dernières ressources de la société dans une économie déclinante.

Leclerc annonce une inflation de 10 % sur le sucre, de 23 % sur les pâtes, de 9 à 15 % sur les charcuteries, de 15 % sur le vinaigre et de 11 % sur l’huile d’olive et se plaint des méchants spéculateurs qui provoquent l’inflation. Mais si d’un côté la production baisse à cause des restrictions sanitaires, et de l’autre la masse monétaire augmente à cause des subventions, l’inflation est inévitable, quelles que soient les astucieuses négociations de monsieur Leclerc.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *