Mesure et crises du capital

Estimation du capital mondial à partir de la formation nette de capital (2021-02)

Feuille de calculHTML

Source des données: Banque Mondiale.

Update 2024-05-31

Le capital, c’est l’accumulation de la formation nette de capital [1]La formation nette de capital (anciennement investissement intérieur net) est constituée des dépenses consacrées à l’acquisition d’actifs fixes dans l’économie et des … Continue reading année après année.

Soit la formule:

Capital = somme de la formation nette de capital des années précédentes

Mais comme nous ne pouvons pas retourner infiniment dans le passé, mais seulement jusqu’à 1960, en raison de la disponibilité des données, la formule est:

Capital 2023 = capital 1960 + somme de la formation nette de capital 1960-2022

Or, en raison de l’accroissement exponentiel de la richesse depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’accumulation de la formation nette de capital en 1960-2022 est très grande par rapport au capital de 1960, de sorte que l’accumulation de la formation nette de capital depuis une année très antérieure est une bonne approximation du capital actuel, quoique minorée. En d’autres termes, l’accumulation de la formation nette de capital tend vers le montant réel du capital.

La voici exprimée en pourcentage du PIB:

En outre, le capital n’est jamais qu’une accumulation de travail cristallisé des années passées, de même que le PIB n’est jamais que du travail cristallisé de l’année présente. Pour des raisons sociales, techniques et industrielles, il existe, à chaque période de l’histoire, un ratio optimal entre la quantité de travail cristallisée sous forme de capital d’une part, et la quantité de travail qui va effectivement être réalisée sur ce capital d’autre part. Tant de capital pour tant de travail. Même des niveaux techniques très différents peuvent avoir un ratio capital/travail similaire — ce qui est habituellement le cas.

En pratique, cette répartition n’est pas optimum, mais elle ne peut pas non plus trop s’éloigner de cet optimum. Il n’est pas possible, par exemple, d’avoir 10 fois trop de capital par rapport à la quantité de travail disponible, ou inversement: il y aurait alors trop de capital inutilisé, ou trop de travail inemployé. L’ordre de grandeur de ce ratio doit être préservé sur de très longues périodes — plusieurs dizaines d’années — bien que le ratio lui-même puisse varier sur de courtes périodes en raison des cycles économiques ou d’autres facteurs.

Ainsi, la valeur finale sur ce graphique peut être considérée comme une bonne approximation de l’ordre de grandeur du ratio capital/travail des années précédentes. Si nous reportons ce ratio à 1960 pour déterminer le montant du capital de 1960 — puisque nous connaissons le PIB de 1960 — nous obtenons le graphique suivant:

Ce qui ne change pas grand-chose à la valeur du capital de 2022.

Le montant du capital semble tendre vers une valeur proche de 300% du PIB.

Afin de confirmer cette hypothèse, nous allons prendre une valeur de 600% du PIB en 1960, puis reporter la valeur finale obtenue à 1960 et recommencer.

On le voit, quand bien même nous prenons une valeur de départ deux fois plus élevée que sa valeur attendue, le capital continue de tendre vers sa valeur optimale, à savoir 300% du PIB environ.

Cela illustre le fait que le montant du capital tourne autour d’une valeur relativement constante sur plusieurs décennies pour préserver un ratio optimal entre le capital et le travail.

Graphique: deux valeurs raisonnables, et deux valeurs aberrantes haute et basse du ratio capital/travail de 1960 convergent vers le même résultat en 2022.

Nous pouvons déduire de ces graphiques que le montant du capital se situe probablement à 303,29% du PIB, abstraction faite de l’intervalle de confiance, qu’il faudrait calculer séparément.

Estimation du niveau de vie moyen mondial

Très simple: diviser la consommation totale des ménages par la population moyenne mondiale. Soit, en 2022:

88892257364009$PPA / 7950946801 = 11180$PPA

Soit une consommation moyenne de 10612€PPA par an et par personne en 2022 (prix: France).

Les raisons sociales, techniques et industrielles qui déterminent le ratio capital/travail (2021-02)

C’est un sujet extrêmement intéressant.

Supposons que le ratio capital/travail soit de 200%.

Supposons que, pour des raisons sociales, le capital soit utilisé 8h par jour, par une armée d’ouvriers travaillant 8h par jour, mais seulement le jour.

Supposons maintenant que, toujours pour des raisons sociales, le capital soit utilisé 16h par jour, par la même armée d’ouvriers travaillant 8h par jour mais divisée en deux équipes: l’une travaillant le jour et l’autre la nuit.

Le capital nécessaire pour faire travailler le même nombre d’ouvriers est divisé par deux.

Le capital s’use deux fois plus vite.

Le capital est deux fois plus productif.

En résumé, le ratio capital/travail tombe à 100% pour des raisons purement sociales.

Si le nombre d’heures de travail par jour ne change pas, le ratio capital/travail peut être modifié pour des raisons technologiques. Dans une industrie, il peut être nécessaire de mettre 4 unités de capital en face d’une unité de travail, ou dans une autre, une pour une. Ce ratio peut changer en raison de l’évolution de la productivité dans la production de capital. S’il faut deux fois moins de travail pour produire la même quantité de capital en face de la même quantité de travail, en raison de l’augmentation de la productivité dans la production de capital, la valeur du capital est divisée par deux, et le ratio capital/travail, qui était par exemple 2/1 passe à 1/1. Inversement, s’il faut deux fois plus de travail pour produire plus de capital en face de la même quantité de travail, en raison d’une technologie plus évoluée, le ratio qui était par exemple de 2/1 passe à 4/1.

En pratique, l’homme augmente la productivité dans la production du capital en même temps qu’il introduit de nouvelles technologies plus évoluées, de sorte que le ratio capital/travail reste remarquablement stable à travers l’histoire.

Mais nous ne sommes pas à l’abri de changements sociaux ou technologiques majeurs qui peuvent modifier sensiblement le ratio capital/travail.

Le même type de raisonnement s’applique à la production des biens de consommation, qui détermine la valeur de la force de travail, qui, à son tour, détermine le ratio capital/travail.

Les biens de consommation fonctionnent comme des moyens de production qui participent à la production d’un capital particulier : le capital variable. Ce que j’appelle jusqu’à présent le ratio capital/travail n’est rien d’autre que le ratio du capital constant sur le capital variable, c’est-à-dire la composition-valeur du capital.

La composition du capital se présente à un double point de vue. Sous le rapport de la valeur, elle est déterminée par la proportion suivant laquelle le capital se décompose en partie constante (la valeur des moyens de production) et partie variable (la valeur de la force ouvrière, la somme des salaires). Sous le rapport de sa matière, telle qu’elle fonctionne dans le procès de production, tout capital consiste en moyens de production et en force ouvrière agissante, et sa composition est déterminée par la proportion qu’il y a entre la masse des moyens de production employés et la quantité de travail nécessaire pour les mettre en œuvre. La première composition du capital est la composition-valeur, la deuxième la composition technique. Enfin, pour exprimer le lien intime qu’il y a entre l’une et l’autre, nous appellerons composition organique du capital sa composition-valeur, en tant qu’elle dépend de sa composition technique, et que, par conséquent, les changements survenus dans celle-­ci se réfléchissent dans celle-là. Quand nous parlons en général de la composition du capital, il s’agit toujours de sa composition organique.

Marx – Le Capital Livre I : XXV.I

La composition-valeur du capital peut varier en fonction de la productivité dans la production des biens de consommation ou des moyens de production. À composition technique constante, si la productivité augmente plus vite dans la production des biens de consommation que dans celle des moyens de production, alors la valeur du capital variable diminue par rapport au capital constant, et réciproquement.

(ADDENDA : À productivité constante, si on modifie la composition technique du capital, sa composition valeur varie, c’est-à-dire que sa composition organique varie, puisqu’ici la composition valeur varie en fonction de la composition technique)

Mais comme la productivité augmente en même temps dans la production des biens de consommation et des moyens de production, notamment parce que ces deux secteurs partagent souvent le même niveau technologique (travail à la chaîne, source d’énergie…), la composition-valeur du capital reste relativement constante à travers l’histoire.

Socialisation du travail domestique et de la propriété domestique (2021-09-10)

Le travail domestique constitue une part non négligeable du travail humain: il représente de l’ordre de 33% du PIB commercial en France [2]

Le travail domestique : 60 milliards d’heures en 2010 – Insee Première – 1423. (2021). Insee.fr. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2123967#titre-bloc-13

. La conversion d’une partie du travail domestique en travail salarié change le ratio travail/capital. C’est notamment le cas pour la population institutionnalisée (maisons de retraite, hôpitaux, prisons, etc.)

À la socialisation du travail domestique correspond la socialisation de la propriété domestique, où les biens de consommation sont loués au lieu d’être vendus. Ces biens de consommation se transforment alors en capital.

On observe alors que le salariat ou le capital peuvent être étendus sans création de richesse, par la simple conversion de rapports de production privés en rapports de production capitalistes. Cette conversion peut s’accompagner d’une augmentation de la productivité, associée à une augmentation de l’aliénation, car les personnes privées deviennent alors doublement dépendantes des capitalistes à la fois en tant que salariés et en tant que locataires.

Mesure et crises du capital (2013-07)

La mesure

Avant même d’appréhender le moindre chiffre, une question se pose : comment mesurer la richesse ? Deux écoles s’opposent alors : l’école néo-classique qui pose pour fondement l’utilité des produits, et l’école marxiste : leur valeur. L’utilité des produits est mesurée en quantité de marchandises, et leur valeur en quantité de travail. Ce sont là deux mesures complètement différentes. Il est remarquable que la bourgeoisie présente la richesse comme une puissance sur les choses, tandis que les marxistes la présente comme une puissance sur les hommes (utiliser les choses, employer les hommes). [3]Aujourd’hui, pour être tout à fait précis, je dirais que la richesse découle de la quantité de marchandises, tandis que la valeur découle de la quantité de travail. De même, bien que … Continue reading

Définitions

La bourgeoisie évalue les quantités de marchandises en prix constant, en parité de pouvoir d’achat ou en dollar international. Les prix constants permettent de comparer des quantités de marchandises dans un même pays à des époques différentes, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix qu’une année de référence. La parité de pouvoir d’achat permet de comparer des quantités de marchandises dans plusieurs pays mais en une seule année, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix que dans un pays de référence. Le dollar international est une combinaison des deux : il permet de comparer des quantités de marchandises dans plusieurs pays et à toutes les époques, en supposant que les marchandises ont chacune le même prix qu’une année de référence aux États-Unis. Ces unités ne sont pas parfaites, mais elles désignent bien des quantités de marchandises [4]

De façon générale, tous les prix, y compris les prix courants, représentent des quantités de marchandises.

.

En accord avec les classiques, Marx donne la substance de la valeur : le travail ; sa mesure : la quantité de travail ou durée de travail socialement nécessaire ; ses unités : l’heure, le jour, la semaine de travail moyen. Cependant, ces unités ont surtout un usage théorique car il n’est pas facile d’établir une correspondance – même approximative – entre une heure de travail socialement nécessaire et une heure de travail réel. Néanmoins, il existe un cas où une quantité de travail socialement nécessaire est exactement égale à la même quantité de travail réel : lorsqu’on considère la totalité du travail mondial produisant de la valeur. Toutes les particularités du travail réel – intensité, productivité, habileté, etc. – sont alors fondues dans la totalité, soient exactement égales à leurs moyennes respectives. Ainsi, si dans le monde, trois milliards de travailleurs réels ont produits de la valeur pendant un an, cela équivaut exactement à la valeur de trois milliards de travailleurs moyens produisant de la valeur pendant un an.

Remarque sur l’étalon

« Que nous importe une unité de la valeur qu’on ne peut ni multiplier, ni diviser sans la falsifier ? » À cela, je répondrai premièrement que c’est toujours le cas : dans une mesure, seul l’étalon est parfaitement exact (par définition), les autres mesures sont approximatives ; deuxièmement, qu’on peut améliorer la précision de la mesure en tenant compte des autres paramètres de l’objet mesuré – ici la productivité, l’intensité, l’habileté, etc. ; troisièmement qu’on parviendra à une précision satisfaisante si l’on considère de grandes quantités convenablement choisies ; quatrièmement, qu’on obtiendra des résultats importants en utilisant seulement l’étalon sans aucun changement.

PIB

Revenons au produit mondial, c’est-à-dire au Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Comme nous l’avons vu, sa valeur est exactement égale au nombre de travailleurs produisant de la valeur pendant un an. Nous parvenons donc à cette conclusion que le PIB, exprimé en valeur, est une fonction de la démographie professionnelle.

Cette conclusion est de la plus haute importance. Elle signifie que le PIB croît à mesure d’une section déterminée de la population laborieuse, celle qui produit de la valeur[5]Tous les travailleurs ne produisent pas de la valeur. Pour cela il suffit : qu’ils ne créent pas de marchandises ou de services marchands, ou bien qu’ils s’occupent exclusivement de la … Continue reading. Comme la plus-value est une fraction du PIB, elle est aussi essentiellement déterminée par la croissance de cette même section. Tout comme le capital qui est constitué de plus-value accumulée. En résumé, la croissance du capital est essentiellement déterminée par la croissance de la section de la population laborieuse qui crée de la valeur.

Calcul et réserve

On peut donc calculer que si le PIB mondial de 81 000 milliards de dollars PPA (parité de pouvoir d’achat, base des prix : USA) correspondait à 3,3 milliards de travailleurs produisant de la valeur pendant un an en 2011, alors le PIB national de la Chine de la même année, qui s’élève à 11 000 milliards de dollars PPA, devrait correspondre à 0,45 milliards de travailleurs moyens produisant de la valeur pendant un an (3,3 milliards / 81 * 11 = 0,45 milliards). Après avoir opéré la conversion en quantité de travail, on peut effectuer n’importe quel calcul impliquant les grandeurs économiques habituelles (PIB, capital, etc.)

Tout calcul basé sur des quantités de marchandises évaluées en parité de pouvoir d’achat pose cependant le problème suivant : le rapport des prix des marchandises dans un pays, en particulier les USA, ne correspond jamais exactement au rapport de valeur de ces mêmes marchandises, exprimé en quantité de travail. Cela est dû au déséquilibre permanent des prix en faveur des impérialistes, qui fait que ceux-ci vendent très souvent plus chers leurs marchandises (au-dessus de leur valeur), alors que les pays dominés les vendent beaucoup moins cher (en dessous de leur valeur). Voir par exemple les produits agricoles d’exportation d’une part et les brevets de haute technologie d’autre part (incorporation du sur-profit dans des prix trop élevés).

Les crises

La crise de surproduction (crise industrielle)

Il existe un rapport optimal entre les différentes sortes de capital industriel[6]

Les usines, l’énergie (carburants, électricité…), les moyens de transport, les stocks de matières premières ou de produits semi-finis, etc.

et la production de biens de consommation. Tel capital industriel permet de produire tel autre qui permet de produire tel autre et ainsi de suite, jusqu’à la production des biens de consommation. Ce rapport est déterminé par la technologie. Or le capital industriel ne peut s’accumuler que sous forme de moyens de production, et non de biens de consommation. Par conséquent, il existe une tendance inhérente au capitalisme industriel à augmenter disproportionnellement la part des moyens de production sur celle des biens de consommation.

Ainsi les capacités productives s’accroissent, mais elles sont essentiellement réinjectées dans la production de capital industriel, ce qui aggrave le déséquilibre jusqu’à la crise. Le marché du capital industriel est alors saturé, et toutes les valeurs ne peuvent s’écouler sur le marché de la consommation, lequel s’est développé moins rapidement. Il s’ensuit une débandade généralisée du capital-argent[7]

Expression financière du capital (actions, obligations, produits dérivés…). Les actionnaires vendent en masse, les banques refusent de faire crédit, les assurances augmentent leurs primes…

hors de l’industrie, ce qui a pour effet de précipiter une masse d’ouvriers au chômage, de faire tourner les entreprises au ralenti ou de les mettre en faillite. Le marché de la consommation se développe aussi moins rapidement, éventuellement stagne ou même se rétracte, ce qui aggrave et prolonge la crise.

La crise finit par nettoyer le marché des entreprises les plus déficitaires. Comme le secteur de la consommation a été relativement moins touché par la crise, le marché du capital industriel cesse d’être engorgé et un nouveau cycle commence.

Crise de « surconsommation »

Comme nous l’avons vu précédemment, les biens de consommation peuvent fonctionner comme capital de consommation lorsqu’ils sont loués ou vendus à crédit. Ils sont dès lors soumis à des vicissitudes similaires au capital industriel, notamment sous la forme de crise du crédit, lorsque les emprunteurs particuliers ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

Crises financières

Elle constitue essentiellement une correction de la mauvaise évaluation du capital industriel ou du capital de consommation. Le capital financier n’est qu’une appréciation, une évaluation abstraite du capital industriel ou du capital de consommation.

Des crises économiques en général

Une crise économique est la correction brutale d’un déséquilibre qui s’est accumulé au fil du temps : une mauvaise allocation des ressources entre différents secteurs industriels, notamment entre la production de capital constant et de capital variable, une mauvaise évaluation financière des ressources. Mauvaise allocation et mauvaise évaluation vont souvent de pair.

Les crises impérialistes

Voir Lénine[8]

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.

.

Pas de baisse tendancielle (économique) du taux de profit selon le Livre I du Capital (2021-04)

“La force de travail de la société tout entière […] se manifeste dans l’ensemble des valeurs”

Marx – Le Capital Livre I : I.1.

“La reproduction du capital renferme celle de son grand instrument de mise en valeur, la force de travail. Accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat.”

(Je souligne) K. Marx – Le Capital Livre I : XXV.I

Mais:

“Or, à mesure que la production capitaliste se développe, le capital variable perd en importance relativement au capital constant et au capital total : un même nombre d’ouvriers met en œuvre, grâce au perfectionnement des méthodes de production, une quantité sans cesse croissante de moyens de travail, de matières premières et de matières auxiliaires, c’est-à-dire un capital constant de valeur de plus en plus grande.”

MIA: K. Marx – Le Capital – Livre III (13)

Le chapitre 13 du livre III du Capital entre en contradiction avec les chapitres 1 et 25 du livre I du Capital, qui définissent la valeur d’une part, et la composition valeur du Capital d’autre part. L’augmentation quantitative de “moyens de travail, de matières premières et de matières auxiliaires”, des ressources matérielles non-humaines, n’a rien à voir avec la valeur du capital, qui dépend exclusivement de la quantité de travail, les ressources humaines, qui y est incorporée. Une augmentation quantitative de la matière incorporée au capital peut être déterminée par l’augmentation de la productivité sans augmentation de travail, et donc sans augmentation de valeur. Comme indiqué dans le livre I: “Accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat”.

(Addenda 2021-09-08: Relire, cent fois relire les définitions de la composition technique, valeur et organique du capital au chapitre 25 du livre I du Capital, et prendre garde à la traduction anglaise.)

Il n’y a donc pas de baisse tendancielle économique du taux de profit, selon le Livre I du Capital.

La contradiction entre le Livre I et le livre III du Capital s’explique en ceci que les livre II et III sont une compilation des brouillons de Marx par Engels, tandis que le livre I est un ouvrage achevé.

Ainsi, le livre III du Capital emploie une conception plus ancienne de la valeur que le livre I. Dans le livre I, le capital est mesuré en quantité de travail, tandis que dans le livre III, le capital est encore représenté sous la forme d’une accumulation de choses matérielles. Il va de soi que ces mesures sont totalement différentes, et ne peuvent pas être combinées dans un même calcul comme si elles avaient la même unité.

Il y a et il y aura cependant deux baisses du taux de profit distinctes du capital, l’une mesurée en quantités de travail, l’autre mesurée en quantités matérielles, mais pour des raisons différentes que celles décrites au chapitre 13 du livre III du Capital.

Il y a actuellement une baisse du taux de profit mesuré en quantité de travail, en raison du ralentissement de la croissance démographique mondiale, et donc in fine de la partie de la population qui crée de la valeur.

Il y aura bientôt une baisse du taux de profit mesuré en quantités matérielles, en raison de l’épuisement des ressources naturelles et de la destruction de l’environnement par le capitalisme. Ce “taux de profit” matériel pourrait devenir négatif. L’accumulation du capital matériel pourrait devenir négative pour d’autres raisons: crise économique, gestion catastrophique d’une épidémie ou guerre mondiale.

Le Capital n’est pas une bible. Les marxistes ne doivent pas avoir le fétichisme de la baisse tendancielle du taux de profit.

Le livre I est un traité achevé d’économie, avec des définitions précises et un usage précis de la mesure et des unités. Il a fait l’objet de plusieurs révisions et traductions réalisées ou vérifiées par Marx lui-même, de sorte que les dernières éditions, notamment allemande et française, doivent être considérées comme la version définitive du Livre I.

Les livre II et III sont des brouillons compilés avec un maximum de rigueur par Engels. Ils nous éclairent sur l’évolution de la pensée de Marx, et nous renseignent sur de nombreux éléments qui auraient dû être inclus dans le Capital. Mais ils sont inachevés et souvent contradictoires avec le livre I. Lorsqu’une contradiction est soulevée, elle doit être comprise et éclairée.

Tout raisonnement économique doit être éprouvé dans les données de l’économétrie. Un raisonnement spéculatif sans confrontation économétrique est sans valeur, parce que non-matérialiste.

Une attention particulière doit être portée à la mesure et aux unités. La mesure est la grandeur d’une propriété d’un objet: par exemple sa longueur ou sa masse. Une unité est un étalon dont la multiplication et la fraction donnent la mesure, par exemple le mètre ou le kilogramme.

Certaines unités sont concrètes, d’autres abstraites. L’heure de travail concret est, par exemple, une unité de mesure concrète, mais elle a pour défaut d’être hétérogène: une heure de travail concret n’est jamais tout à fait identique à une autre heure de travail concret, et complètement différente dans des secteurs économiques différents.

L’année de travail abstrait est une unité de mesure abstraite, mais elle est homogène: l’année de travail d’un travailleur abstrait est toujours égale à une autre année de travail d’un travailleur abstrait. Il s’agit d’une simple moyenne à partir de la somme totale d’une année de travail de tous les travailleurs concrets.

Attention cependant à la mesure de la valeur en quantité de travail, car la quantité de travail nécessaire à la production d’une certaine quantité de marchandises n’est pas la même en fonction du lieu et du moment. L’année de travail d’un travailleur moyen doit donc toujours être définie en fonction du lieu (par exemple: “Monde”), et du moment (par exemple: “2019”).

Une guerre prévisible (2013-11)

Ceci est une introduction succincte aux théories économiques qu’on peut déduire de l’évolution des ressources pétrolières dans le monde. Ce genre de théories n’a pas été élaboré par des économistes, mais par des géologues et des ingénieurs spécialisés dans l’extraction pétrolière. L’axe principal de leurs théories consiste à déclarer que toute l’économie s’appuie sur le secteur primaire (eau, énergie, matériaux de construction…) et par conséquent que le secteur primaire dirige à long terme l’économie, et donc l’histoire. Ces théories offrent un point de vue intéressant pour expliquer les guerres, les récessions et les développements économiques. Puisqu’elles sont matérialistes, elles peuvent s’intégrer dans la conception matérialiste de l’histoire.

Selon ces géologues, nous avons vécu un premier cycle d’extraction commençant au début de la révolution industrielle et finissant au cours des deux premières guerres mondiales : c’est le cycle du charbon. De 1800 à 1913, la production de charbon a crû de 4,3 % par an en moyenne, apparemment régulièrement [9]

Calculer à partir du tableau 1 de “La production mondiale d’énergie commerciale”, Bouda Etemad, p. 6 : (1235,7/10,6)^(1/113)-1= 4,3%

. Durant le 19ème siècle, le charbon remplace progressivement presque toutes les autres sources d’énergie primaire : en 1913, il représente 92,6 % du marché [10]

ibid.

. Puis de 1913 à 1950, c’est la stagnation : 0,4 % de croissance annuelle en moyenne seulement [11]

ibid. (1445,0/1235,7)^(1/37)-1= 0,4%

. Le pétrole prend alors le relais.

La production industrielle du pétrole commence dans la seconde moitié du 19ème siècle à un taux de croissance soutenu : de 1890 à 1970, 7 % en moyenne [12]

ibid. (3309,4/14,3)^(1/80)-1=7%

. En 1950, le pétrole représente déjà 30,3 % des énergies primaires commerciales (charbon : 37,9 %), et en 1970, 47,7 % (charbon : 31,3 %). Mais en 1971 [13]

ASPO newsletter n°23, p. 6.

, les États-Unis atteignent leur pic pétrolier (moment où le niveau d’extraction atteint son maximum et diminue inexorablement), et en 1987 [14]

ASPO newsletter n°31, p. 9.

, c’est le tour de l’URSS. De 1970 à 1990, la production de pétrole poursuit malgré tout sa croissance, très irrégulière, à un taux de 1,6 % par an en moyenne [15]

“La production mondiale d’énergie commerciale”, ibid. (4551,5/3309,4)^(1/20)-1=1,6%

. Aujourd’hui l’ASPO [16]

Association for the Study of Peak Oil and Gas.

prédit le pic de la production mondiale avant 2020 [17]

ASPO, Jean Laherrere, Prévisions pétrole et gaz 1900-2100, p. 16.

, suivi de celui du gaz vers 2030 [18]

ibid., p. 6.

.

La fin du cycle du charbon fut marquée par deux guerres mondiales et la destruction physique de l’industrie des pays avancés (à l’exception des États-Unis). Pourquoi la transition ne s’est-elle pas faite pacifiquement ?

En 1913, presque toute l’industrie était basée sur le charbon. La Grande Bretagne, qui concentrait à elle seule 38% de la production européenne de charbon [19]

Production mondiale d’énergie : 1800-1985, Bouta Etema & Jean Luciani, p. 189 : 249279,0/653918,3=38%

, dominait la France [20]Alain Beltran Le charbon français de 1914 à 1946, une modernisation limitée : “Jusqu’en 1900, les importations représentent 33% de la consommation, mais la croissance économique de la Belle … Continue reading et l’Italie [21]

Il semble qu’il n’y avait pas de charbon en Italie. Production de charbon : en 1914, même pas 0,3% de celle de la Grande Bretagne.

par ses exportations. Or en 1913, la Grande-Bretagne atteint son pic charbonnier, tandis que la production de l’Allemagne continue de croître [22]

http://www.institut-strategie.fr/IHCC_14.htm source incomplète. En 1914, l’Allemagne produisait presque autant que la Grande Bretagne.

. Dans une économie impérialiste, l’Angleterre se voit donc contrainte de casser l’élan de l’Allemagne, tandis que l’Allemagne doit au contraire briser le monopole de l’Angleterre. Les rivalités impérialistes dans les secteurs de la transformation et de la consommation dépendent des rivalités primaires dans le secteur de l’extraction.

Par exemple, l’Allemagne prit l’Italie dans son giron dès que son charbon fut devenu moins cher que celui de la Grande Bretagne (Axe Rome-Berlin) [23]

newsletter ASPO n°73, art. 787, p. 5.

. Le sabotage des mines du Nord pendant la Grande Guerre procédait de la même logique: rendre la France dépendante du charbon allemand à long terme [24]

Le charbon français de 1914 à 1946, une modernisation limitée p. 3

.

De leur côté les États-Unis, dotés de réserves de pétrole importantes, eurent tout le temps d’effectuer leur transition énergétique sans risquer l’invasion de leur territoire (position géographique favorable). Il faut noter en outre que la puissance charbonnière des États-Unis était également énorme : 1er exportateur, 1er producteur mondial [25]

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ingeo_0020-0093_1936_num_1_6_6571 .

.

La domination de l’Europe par l’impérialiste le plus puissant devint d’autant plus urgente que les États-Unis parachevaient leur transition énergétique. Il fallait également conquérir de nouvelles ressources pétrolières en dehors de l’Europe (le pétrole de la Mer du Nord ne fut découvert qu’en 1958). Cela explique à la fois l’alliance puis la guerre de l’Allemagne contre l’URSS et les propositions de paix de l’Allemagne à la Grande Bretagne sitôt la France envahie (l’Allemagne avait proposée de ne pas toucher à l’empire britannique si celui-ci ne l’empêchait pas de se tailler des colonies dans l’ex-empire français et l’URSS).

Nous devons analyser les guerres actuelles du Moyen-Orient comme des guerres préparatoires de la prochaine transition énergétique. Une transition énergétique s’effectue en deux phases: d’abord l’observance d’une pénurie de matières premières stratégiques, qui ne peuvent pas être remplacées immédiatement. Cette pénurie provoque des guerres pour la reconquête des zones où sont extraites ces matières premières, afin de limiter, pour son propre impérialisme et au dépend des autres, sa propre déchéance. Ces guerres sont l’équivalent de la Première Guerre Mondiale.

La deuxième phase n’apparaît qu’après le développement partiel de nouvelles technologies, basées sur de nouvelles matières premières. Les impérialistes se rendent compte que les matières premières dont ils ont besoin se trouvent sur des territoires qu’ils ne dominent pas: la “division du monde” ne correspond plus à leurs intérêts stratégiques. Ces guerres sont du même type que la Seconde Guerre Mondiale.

Si la révolution ne balaie pas l’impérialisme au cours de la prochaine transition énergétique, alors s’ensuivra plusieurs guerres dont l’ampleur ne peut être comparée qu’à la Première et à la Deuxième Guerre Mondiale.

References

References
1

La formation nette de capital (anciennement investissement intérieur net) est constituée des dépenses consacrées à l’acquisition d’actifs fixes dans l’économie et des variations nettes du niveau des stocks. Les actifs fixes comprennent les améliorations foncières (clôtures, fossés, drains, etc.), l’achat d’usines, de machines et d’équipements, ainsi que la construction de routes, de chemins de fer et autres, y compris les écoles, les bureaux, les hôpitaux, les logements résidentiels privés et les bâtiments commerciaux et industriels (formation brute de capital), moins la consommation de capital fixe (usure, obsolescence, destruction). Les stocks sont des réserves de marchandises détenues par les entreprises pour faire face à des fluctuations temporaires ou inattendues de la production ou des ventes, ainsi que les « travaux en cours ». Selon le SCN 1993, les acquisitions nettes d’objets de valeur sont également considérées comme de la formation de capital.

Définition adaptée de celle de la formation brute de capital par la Banque Mondiale (NE.GDI.TOTL.CD).

2

Le travail domestique : 60 milliards d’heures en 2010 – Insee Première – 1423. (2021). Insee.fr. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2123967#titre-bloc-13

3

Aujourd’hui, pour être tout à fait précis, je dirais que la richesse découle de la quantité de marchandises, tandis que la valeur découle de la quantité de travail. De même, bien que mon anglais soit très imparfait, je dirais que « work » fait référence au travail concret, qui se manifeste par la production de biens ou de services (puissance matérielle), tandis que « labor » fait référence au travail abstrait, qui se manifeste par la création de valeur (puissance sociale). Enfin, je dirais aujourd’hui « utiliser les choses » et « employer les hommes ». Ces définitions pourraient évoluer au cours de l’histoire, en dehors de l’économie marchande.

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De façon générale, tous les prix, y compris les prix courants, représentent des quantités de marchandises.

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Tous les travailleurs ne produisent pas de la valeur. Pour cela il suffit : qu’ils ne créent pas de marchandises ou de services marchands, ou bien qu’ils s’occupent exclusivement de la conversion de valeurs dans la vente ou la finance.

ADDENDA 2022-10-10. Source: Livre II du Capital. Cependant, l’exclusion du travail de conversion marchande dans la formation de la valeur dans le Livre II du Capital est peut-être abusive, dans la mesure où la conversion est la forme de la répartition dans l’économie marchande, et que la répartition est nécessaire dans toute société. Ainsi, le travail de conversion devrait probablement être inclus dans la formation de la valeur, dans la mesure où il est socialement nécessaire à la répartition. Dans la société communiste, la répartition est effectuée au moyen de la planification, pas de la conversion.

Créer de la valeur ne signifie pas nécessairement faire œuvre utile, et inversement ne pas créer de valeur n’est pas synonyme d’inutilité.

6

Les usines, l’énergie (carburants, électricité…), les moyens de transport, les stocks de matières premières ou de produits semi-finis, etc.

7

Expression financière du capital (actions, obligations, produits dérivés…). Les actionnaires vendent en masse, les banques refusent de faire crédit, les assurances augmentent leurs primes…

8

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.

9

Calculer à partir du tableau 1 de “La production mondiale d’énergie commerciale”, Bouda Etemad, p. 6 : (1235,7/10,6)^(1/113)-1= 4,3%

10

ibid.

11

ibid. (1445,0/1235,7)^(1/37)-1= 0,4%

12

ibid. (3309,4/14,3)^(1/80)-1=7%

13

ASPO newsletter n°23, p. 6.

14

ASPO newsletter n°31, p. 9.

15

“La production mondiale d’énergie commerciale”, ibid. (4551,5/3309,4)^(1/20)-1=1,6%

16

Association for the Study of Peak Oil and Gas.

17

ASPO, Jean Laherrere, Prévisions pétrole et gaz 1900-2100, p. 16.

18

ibid., p. 6.

19

Production mondiale d’énergie : 1800-1985, Bouta Etema & Jean Luciani, p. 189 : 249279,0/653918,3=38%

20

Alain Beltran Le charbon français de 1914 à 1946, une modernisation limitée : “Jusqu’en 1900, les importations représentent 33% de la consommation, mais la croissance économique de la Belle Epoque, plus rapide que celle de l’extraction hexagonale, élève à 40% la part des importations en 1913. La Grande- Bretagne fournit la majorité (60%) du charbon importé. La guerre maintient très haut cette proportion etc.” p.2.

21

Il semble qu’il n’y avait pas de charbon en Italie. Production de charbon : en 1914, même pas 0,3% de celle de la Grande Bretagne.

22

http://www.institut-strategie.fr/IHCC_14.htm source incomplète. En 1914, l’Allemagne produisait presque autant que la Grande Bretagne.

23

newsletter ASPO n°73, art. 787, p. 5.

24

Le charbon français de 1914 à 1946, une modernisation limitée p. 3

25

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ingeo_0020-0093_1936_num_1_6_6571 .